Kahdafi mort sans procès !


Le dictateur est tombé sous les frappes de l’OTAN, les milices… faisant le reste (lynchage, humiliations…). Les insurgés paradent à Syrte, mitraillettes au poing, quadrillant les rues, les quartiers. Tandis que des dirigeants occidentaux bombent le torse ou sabrent le champagne dans des chancelleries revanchardes, l’œil rivé sur le calendrier électoral- les Présidentielles pour Obama et Sarkozy-. Certes, Mouamar Kadhafi n’était pas un ange ! Qui l’est en politique où la brutalité est la règle d’or ?  Quand elle n’est pas une éthique de gouvernance. Ce que d’aucuns nomment, aujourd’hui : real politik.

Bien sûr que les Libyiens souffraient le martyr et qu’il fallait agir. Mais est-ce une raison de verser dans la liesse, pour se pavaner quand on sait que le Droit, la Justice une fois de plus- l’abécédaire démocratique- ont été piétinés par ceux-là même qui les réclament pour les Damnés de la terre ? Les cordonniers sont les plus mal chaussés : la preuve par cette pseudo- révolution. On pensait tirer des enseignements après l’exécution de Ben Laden au Pakistan. Eh bien non ! L’histoire est un éternel recommencement. Surtout si elle est écrite par des vainqueurs dont l’horizon se limite aux calculs, aux alliances de circonstances- la carpe et le lapin- moyennant des contrats contre la charia. On ne froisse jamais un bon client ! Manifestement, on s’achemine vers une zone de non-droit dans certaines régions. Saddam Hussein avait ouvert le bal de la barbarie. Les autorités irakiennes l’ont pendu le jour de Laïd (fête du pardon), après l’avoir insulté, tabassé puis photographié, agonisant, malgré quelques « indignés » et des lettrés aux abois. Forts de cette justice au rabais- pour ne pas dire sélective-, les donneurs de leçons, appuyés par des résistants velléitaires, ont remis le couvert avec le chef d’Al Qaïda, jetant sa dépouille à la mer. Comme on se débarrasse d’un boulet ou d’un Jonas, naguère, à en croire l’Ancien Testament. « Justice est faite » avait lancé Obama à la nation. Un râle qui a fait jurisprudence en Libye. On pourra ergoter, déplorer que ce qui est arrivé à Kadhafi, est dans « l’ordre des choses. » Le fatum… Que la tragédie est consubstantielle au mandat. Qu’elle est le calice des tyrans « émérites. » A cet égard, les érudits convoqueront Mussolini, Ceausescu et consorts pour les besoins de la démonstration… de la propagande.

Mais la vérité est cruelle. On a volé un procès au peuple libyien. Il faut dire que la coalition avait tout à perdre de la transparence ! Comme Ben Laden, le colonel connaissait le dessous des cartes. Les donjons et chasses gardées de la diplomatie secrète. Nul doute que « le frère guide », au cours de ses auditions, aurait passé au scalpel les rouages de la Françafrique, au plus grand bonheur des curieux. Lâché des noms,  des officines, des banques. Puis jeté en pâture « les porteurs de mallettes ». Donné dans un « ultime sursaut » les montants des transactions avec force détails, dévoilé les circuits de blanchiments d’argent, non sans délectation. Et plaidé « en bon repenti » la collaboration au nom de l’intérêt général contre le terrorisme… l’amitié aidant. A l’instar de Festen où l’on déballe tout, y compris l’immonde/l’inavouable, peut-être qu’on aurait appris l’existence de financements occultes d’un parti politique en France (pour la campagne de 2007) déjà malmené par les affaires, les scandales à répétition-Karachi-. Ou glané des informations estampillées secret défense sur les conditions de libération des infirmières bulgares ! On imagine la gêne à Matignon.

La chute de Kadhafi n’est pas la victoire de la France, ni de l’Europe, quoi qu’en disent les hommes liges de l’UMP. Elle est la consécration de l’OTAN qui, sous commandement américain, assurait les 2/3 des frappes aériennes. Elle est le triomphe de la vengeance. Du droit à l’ingérence, du colonalisme retoqué et des guerres préventives (remise en cause des traités de Westphalie), initiées par les Faucons. Il fallait que « le fou relooké au botox » paie. Qu’il rembourse ses créances, ses crimes – les 70 victimes du DC-10 d’UTA du 19 septembre 1989- malgré des gages (des chèques bien remplis, des contrats d’armement) et un deal que l’Occident reniera d’une seule et même voix. Histoire d’être en phase avec « le réveil des peuples. » La coalition a outrepassé le mandat de l’ONU qui lui demandait de protéger les civils des bombardements des Loyalistes. A travers un humanisme « revendiqué », elle a, peu à peu, dévié de sa trajectoire, pour solder des comptes. Découdre avec un militaire dont la visibilité, au fil du temps, s’apparentait à une dette qui plombait une économie de prestige : la réputation, l’honneur des démocraties. Que dire aussi du CNT qui regorge d’anciens kadhafistes zélés ! Des tortionnaires notoires que l’on porte au pinacle, que l’on reçoit à l’Élysée en grande pompe et qu’un éditorialiste « milliardaire », avide d’entrer dans l’Histoire, réhabilite d’une main de maître (« diabolique » pour d’autres). Qui, du jour au lendemain, quittent le navire, pour endosser la toge de révolutionnaires assermentés ! Les nouveaux Dantons de l’Afrique ! Un casting qui a reçu l’aval de la France, de l’Angleterre et qui trahira le peuple sous peu. Ce n’était pas simplement une expédition pour restaurer le droit, éviter une boucherie. C’était aussi, hélas, une entreprise commerciale qui nécessitait l’éviction des anciens, devenus infréquentables depuis Ben Ali et « l’esprit du temps. » Celui du Jasmin. Ce n’est pas en faisant du Bob Desnard high tech que « le monde arabe » parachèvera sa révolution. Il ne retiendra de cet épisode que les coups tordus…la volonté de puissance. Et la neutralisation.

Billet publié sur Afiavi

Lire aussi :

L’article de Claude Angeli, journaliste au Canard Enchaîné : Kadhafi condamné à mort par Washington et Paris

« Il n’y eut ni procès, ni jugement, une fois encore. Au cours des cinq dernières années, le scénario dans le monde arabe semble être le même. Encore et toujours, le même désordre, la même fin dramatique. Saddam Hussein, Oussama Ben Laden et Kadhafi ont été tués sans procès équitable – aucun juge ni aucun jury n’a rendu de verdict – et de la manière la plus indigne. Saddam Hussein a été pendu le jour de la fête musulmane (après une parodie de procès) et son exécution a été filmée par une caméra de téléphone mobile. Oussama Ben Laden a été assassiné alors qu’il était non armé, sans qu’aucune image ne puisse apporter une preuve de son sort. Kadhafi a été capturé vivant, battu, puis exécuté, avec des centaines de personnes autour de lui qui prenaient des photos de son visage couvert de sang. »

Cliquez pour lire la suite de l’article de Tariq Ramadan, islamologue et intellectuel

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Écoutez les sons :

Mort de Kadhafi: et après ? Source RFI

La nouvelle Libye sous la charia, Source Radio Orient

 

 

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