Antonio Tabucchi, grand écrivain italien, n’est plus


L’écrivain italien, auteur de Nocturne indien, est décédé, dimanche
à Lisbonne, d’un cancer, à l’âge de 68 ans.

« Né à Pise le 23 septembre 1943, fils unique d’un marchand de chevaux, Antonio Tabucchi s’est éteint à Lisbonne dimanche 25 mars. Lisbonne, cette ville qu’il avait découverte en 1965 et n’avait plus cessé d’aimer. Il y avait rencontré sa femme, appris la langue portugaise et y vivait quand il ne séjournait pas en Toscane ou à Paris, dans son appartement à l’angle de la rue des Saints-Pères et de la rue de l’Université. Après une thèse sur le surréalisme au Portugal, Tabucchi enseigna la langue et la littérature portugaises à l’université de Sienne.

Lisbonne pour lui eut aussi le visage de Fernando Pessoa. Il consacra à l’auteur du Livre de l’intranquillité plusieurs essais avant de traduire son œuvre en italien. Tabucchi occupa également le poste de directeur de l’Institut italien de Lisbonne de 1986 à 1988. Et puis, en 1991, il paracheva cette histoire d’amour avec le Portugal en publiant son roman Requiem directement en portugais. «Ce livre, disait-il, est un hommage à un pays que j’ai adopté et qui m’a adopté, lui aussi; à des gens qui m’ont aimé et que, moi aussi, j’ai aimés.»

L’œuvre de Tabucchi est forte d’une vingtaine de volumes traduits dans quarante langues. Son premier livre, Place d’Italie, qui raconte un siècle d’histoire italienne par la voix des vaincus, parut en 1975 mais le grand public ne commença à retenir son nom qu’avec Nocturne indien en 1984. Cette dérive hallucinée à travers l’Inde d’un homme à la recherche d’un ami disparu remporta le prix Médicis étranger en 1988. Il fut porté à l’écran par Alain Corneau qui offrit à Jean-Hughes Anglade l’un de ses meilleurs rôles.

Tabucchi affectionnait les livres courts et les existences sans relief que le destin bouleverse. «Je n’aime pas les personnages dont les vies sont pleines, satisfaisantes», déclara-t-il un jour. Parlant des récits composant Petites Équivoques sans importance, son traducteur et grand ami Bernard Comment trouva les mots justes: «Ces récits ont l’apparence, à la première lecture, de petits morceaux de vie, de carrefours existentiels, de portraits de voyageurs ironiques et désespérés. Mais un trouble s’installe. Et les histoires de Tabucchi se transforment en une réflexion sur le hasard et le choix, comme une tentative d’observer les interstices qui traversent le tissu des destins.»

De Pereira prétend (1994) à Tristano meurt (2004), l’écrivain italien s’est attaché à décrire les tourments d’une Europe du XXe siècle aux prises avec les dictatures: fascisme italien, salazarisme portugais, franquisme. L’héroïsme, la lâcheté, la trahison sont des thèmes récurrents de ses histoires. Des hommes sur le point de mourir racontent, tentent de revenir en arrière. Leur mémoire chancelle. Le temps est au cœur de cette œuvre subtile bercée par une certaine mélancolie. »

Lire la suite (source lefigaro.fr)

A écoutez l’hommage d’Edwy Plenel (Lignes de fuite, France Culture)

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