Sarkozy: l’arroseur arrosé


Il a beau crier au scandale. Brandir « la République », la liberté d’expression… « les valeurs ». Ça sonne faux. Éludant les questions gênantes,  inspiré par une droite populaire à bout de souffle, le président sortant, joue les victimes expiatoires. Pour un peu, il chanterait Le  mal aimé. Certes, l’accueil à Bayonne, n’a pas été à la hauteur de l’évènement. Le monarque attendait des roses, des flatteries, des mots doux. Il a eu droit au percent ! C’était vite oublier la culture de cette région où le radicalisme basque concurrence le sarkozysme, par certains aspects. Sans parler de la mémoire qui, contrairement à la tendance nationale, ne connaît pas  les aléas de la versatilité. Ni les vertiges de l’oubli. Certes, on peut déplorer cet incident. En faire un angle d’attaque. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

Comme Siddharta, le président sortant découvre la pauvreté et le rejet de la rue à son endroit. Pendant cinq ans, il a coupé la République de la nation, préférant l’autisme, la bande, au bain de foule. Tradition gaulliste, désormais en phase terminale. A chaque déplacement, il a bouclé des quartiers, multiplié les cars de CRS, les déviations et trié les administrés sur le volet. Espérant éviter les quolibets, les insultes. Il fallait redorer le blason du chef de l’État. Enterrer le « Casse-toi pauv’con ! ». Vanité des vanités !

Contrairement à la propagande, l’hyper président ne connaît pas « la majorité silencieuse ». Il ne jure que par la conscience de classe, les réseaux, les combines, l’argent. Mais encore ! Sa « Majesté » ne voit pas que son style induit la violence. Provoque des tensions, exacerbe les passions. On ne peut pas traiter des gens « d’assassins » et espérer un accueil princier, en retour. La démocratie, c’est aussi, un échange. Un miroir. Hélas, dans cette dramaturgie amplement relayée, tout porte à croire que les jours du préfet sont comptés. Lui aussi sautera… éprouvera les joies de la disgrâce -la mobilité-. Spécialité élyséenne. D’autres pour moins que ça -des huées- ont dû faire leur valise, manu militari. La garde présidentielle reprochera à ce haut-fonctionnaire de ne pas avoir assuré la sécurité du locataire. D’avoir « minimisé le risque. » « Gouverner, c’est prévoir. » Il y a  plus grave. C’est la première fois dans l’histoire de la République qu’un président et des ministres, apeurés, se réfugient dans un troquet sous escorte. Malmenés par une poignée d’individus armés d’œufs. La France Forte barricadée ! Le symbole est trop fort pour ne pas en rire. Comme il est loin le temps du panache : « Eh ben, descends un peu le dire » ! C’est aussi la première fois qu’un Chef des armées évite les banlieues… délègue. La France serait-elle multiple, divisible ? En 2005, le président candidat voulait éliminer « la racaille ». Passer des quartiers au « karcher ». Des « ambitions » qui expliquent l’embarras, l’amnésie…peut-être.

Comment ne pas s’alarmer, non plus, de l’incohérence rhétorique. Sarkozy poursuit tout délinquant qui compare son abécédaire à celui de Pétain. Mais « l’empereur » n’hésite pas, pour discréditer ses adversaires, à parler « d’épuration ». Terme qui, pourtant, renvoie, lui aussi, à une sinistre période. On notera l’indulgence judiciaire « des gauchistes ».

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Martine Aubry, invitée de Radio France

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