Un terroriste qui tombe à pic ou le joker de Sarkozy ?


S’il y a quelqu’un dont les médias n’oublieront pas le nom, c’est bien Mohamed Mehra. Les homonymes auront du mal à s’en remettre tant le Toulousain a mobilisé l’attention. Les actes posés sont ignobles, insupportables. Mais l’union nationale ne doit pas escamoter des questions. Encore moins l’intelligence critique. Force est de constater que ceux qui voulurent transgresser le sacré et rompre avec la trêve électorale – l’analyse immédiate -, ont été élevés au rang de délinquants. « Des mutins ambitieux (Bayrou, Mélenchon), en quête de popularité », trop soucieux d’en finir avec le « Sarkolande ». La « sondagite » faisant le reste, à défaut d’enracinement. Il faudrait être naïf pour ne pas voir l’instrumentalisation de l’affaire. La politique, disait Sartre, « c’est les mains sales ». Fort d’une culture pragmatique, l’action précède l’essence,  le gouvernement a donc rendu hommage au philosophe retoqué, le temps de l’expédition. 32 heures durant, il a distillé la morale à jet continu et laissé ses porte- flingues zélés (Jean-François Copé) pourfendre les sceptiques. Ces experts, ces citoyens qui se demandent encore pourquoi le raid n’a pas… par exemple… utilisé des gaz lacrymogènes asphyxiants pour neutraliser le forcené. Et s’il ne fallait pas une mise en scène pour marquer les esprits. Damner le pion au tueur présumé de Montauban et Toulouse. Il est vrai qu’on ne gagne pas une élection avec 5 millions de chômeurs. Surtout si le président sortant avait fait de l’emploi la priorité de son mandat en 2007. L’heure était donc à la diversion. Voire la rédemption. BFMTV, i>TELE ont été les bras armés de la propagande, prétextant les impératifs catégoriques de l’actualité. Qu’a-t-on vu ? Une logistique omniprésente qui, dans cette horrible tragédie, fit de l’éloge du vide, sa devise, donnant le change à 48 heures de Walter Hill. Une caméra, un plan fixe et un journaliste redondant (gaffeur à la longue) devant la maison du «Salafiste », promu ennemi public numéro un, après Ben Laden, Mesrine. Mohamed Mehra que l’on présente aujourd’hui comme un « indic de la DCRI », était connu des services de police. Bipolaire notoire (religieux la journée, fêtard le soir), il n’intéressait pas les Renseignements généraux, plus soucieux de surveiller des journalistes. De mettre au pas cette caste, trop encombrante pour l’Élysée qui n’aime pas « les fouille-merde » (affaires Bettencourt, Karachi, Takieddine…). Encore moins à un mois du premier tour de la présidentielle. La schizophrénie, la révolte sélective sont les maîtres mots du pouvoir. La morale de l’histoire est simple. Lorsqu’un ex détenu assassine un enfant (Lætitia), on accuse la magistrature de tous les maux. Le politique tire à boulet rouge sur les fonctionnaires. On exige alors des coupables. On demande une enquête, des têtes. Pire encore: on utilise les victimes à des fins électorales (l’empathie d’État). Mais lorsque les plus hautes instances de l’État  dysfonctionnent (la police), on maintient ses dirigeants coûte que coûte (Squarcini pour ne citer que lui) – on ne change pas une équipe qui gagne -, renvoyant les interrogations aux calendes grecques, au nom de l’amitié et des bons services rendus à la nation. Découvrir la vérité, un des fondements de la République devient tout à coup « indigne », obscène. Pendant ce temps, les courtisans, après avoir vanté les vertus de la pudeur, lorgnent les sondages pour regarder la côte de popularité de leur champion. A droite comme à gauche. Pour clore « le théâtre », très peu d’observateurs, à l’exception d’Éva Joly, ont pointé l’erreur de casting : Guéant. Propulsé éditorialiste, journaliste et patron honoraire de la gendarmerie. La candidate des Verts, décidément, aime mettre les pieds dans le plat. Pas étonnant que la juge ne décolle pas.

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Source : Le billet politique de Hubert Huertas sur France Culture.

 

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