François Bayrou : incompris ou mal aimé ?


Battu dans sa circonscription béarnaise à Pau, sans mandat, le président du Modem espère influer encore sur la politique française. Jamais dans l’histoire du centrisme, un homme n’était allé aussi loin dans la transgression des règles d’un parti.

On le présente comme le grand perdant de la soirée. Celui qui n’a rien vu venir. Le Nouveau

lefigaro.fr

Centre sabre le champagne – la voie est libre à l’Assemblée – et les caciques de l’UMP bombent le torse. Le lion est mort…Le Béarn a vengé l’honneur de Sarkozy. La République des Pyrénées explique la défaite du député sortant par une « déconnection du terrain ». Analyse reprise par Le Figaro sur le net : « Le costume national endossé au fil des ans par François Bayrou l’a-t-il éloigné du terrain de sa circonscription?» Cette question, le président du MoDem, sûr de son «lien» avec les siens, donc sincère, a refusé de se la poser. »

Le fait d’avoir voté Hollande a certainement brouillé les pistes. Déboussolé des psychorigides de droite. Mais pas au point de sceller son avenir politique. D’ailleurs, l’ancien ministre de l’Éducation nationale n’envisage pas une retraite forcée. Il a déjà proposé ses services à la nation, dimanche soir : « Il se passera peu de temps avant que le peuple français ne comprenne vers quelles impasses depuis des années on l’a mené. Il se passera moins de temps qu’on ne le croit avant que ce peuple n’exige des institutions rééquilibrées, des hommes d’État à la volonté ferme et à l’esprit ouvert, une politique d’imagination et de courage (…) et le jour où les Français imposeront cette conscience et cette volonté nouvelles, je serai, et nous serons, au milieu d’eux pour que vive la France. » (Libération.fr, 17/06/2012) 

Du petit lait pour ses adversaires de droite et de gauche

Les râleurs auront toujours le dernier mot. Ces électeurs qui exigent qu’on parle à la fois – avec le même aplomb – des enjeux nationaux et de « l’implantation du nouveau centre commercial » dans le quartier ! Sujet de prédilection de ses « fossoyeurs »… au demeurant. On ne soulignera pas assez « l’inélégance » du PS qui n’a pas demandé à Nathalie Chabanne, inspectrice des finances, sans aucun fait d’armes à son actif, de différer ses ambitions. De retirer sa candidature pour laisser la place à l’iconoclaste qui permit la victoire de leur chef à la présidentielle. On connaissait l’ingratitude des socialistes qui auraient du, par le jeu du désistement, saluer « l’éclaireur ». On oublie trop vite leur capacité d’amnésie et leurs appétences pour le pouvoir absolu – tout rafler -.

François Bayrou a été victime de lui même : de son talent, de ses analyses. Plus que « de son orgueil »,  contrairement à la légende entretenue par des éditorialistes qui confondent courage et trahison. Les visionnaires ont toujours connu des destins contrariés. Des traitements insolites. La France, « fille aînée » du conformisme, n’aime pas les « prophètes » qui bousculent les habitudes, remettent en cause le système. Ou dévoilent les connivences. Ce que d’aucuns nomment les combines d’État. L’histoire est cruelle. Voire paradoxale. Bayrou semble hors jeu alors que ses idées – « Une dose de proportionnelle », « fabriquer français », « réduire la dette », « un gouvernement d’union nationale », « moraliser la vie politique » -  n’ont jamais été aussi populaires et plagiées.

Les Béarnais n’ont pas souhaité « un changement de génération ».  Pas plus qu’ils ne raffolent des « tournantes ». Ils ont été dupés par des candidats qui font du local, la pierre philosophale de leur « angle d’attaque ». On ne fait pas de la politique en passant son temps dans la rue, sur les marchés. La politique, c’est aussi écrire des livres, passer des heures dans un bureau, parcourir le territoire de long en large. C’est joindre la réflexion à l’action. Mais les riverains cèdent trop souvent à la démagogie et ne font pas la part entre ceux qui privilégient un projet et ceux qui rêvent d’entrer au Palais-Bourbon – de « faire des ménages » pour assurer les fins de mois -. Intérêt général et intérêt privé se télescopent, désormais. Le cas Bayrou est symptomatique d’une époque où « la théorie de l’équivalence » colonise les consciences, influence le vote. « L’indépendance » d’esprit a été malmenée ces cinq dernières années. Quand elle n’a pas été verrouillée. Tant par les décideurs, leurs relais, que par une grande partie de l’opinion qui fait de l’incohérence, une vertu. Un programme. On préfère toujours le connu au nouveau. L’UMPS avait un ordre de mission : évincer Bayrou. Ils ont laissé l’esprit du temps faire le sale boulot. La procuration remplace parfois l’audace. Mais l’histoire triomphe des passions. En fin de compte, nous n’avons que « les gouvernants » que l’on mérite.

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