Gilbert Collard l’illusionniste


Élu de justesse dans la deuxième circonscription du Gard (42,82% contre 41,56%  pour la socialiste, Katy Guyot), le nouveau député mariniste entend bien défendre les intérêts du peuple.

Ses détracteurs lui reprochent de retourner sa veste à chaque élection. « PS, RPR, Parti radical, Nouveau Centre. » Après un intermède chez les trotskistes lambertistes du MPTT, dans sa prime jeunesse. Le Mouvement pour un parti des travailleurs : « (…) Dans les années 1980, Gilbert Collard s’était fait supporteur de Pierre Boussel-Lambert, son chef historique, à la présidentielle de 1988. Celui-ci faisait campagne contre les centres de rétention pour étrangers en situation irrégulière, rebaptisés « camps » dont, dixit le clip de campagne du candidat, les miradors « rappellent bien des choses. » (Minute, mercredi 20 juin 2012, n°2569, p.7)

A tous ceux qui exhument son itinéraire, Maître Collard, assigne Audiard, dans l’espoir de clouer le bec aux intempestifs : « Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche. » Et quel parcours ! Le juriste, aujourd’hui, atterrit au Rassemblement Bleu Marine et va siéger à l’Assemblée en « député mariniste ». Interrogé sur ses intentions, l’homme de loi, sur un ton célinien, menace quiconque assimilerait son élection à de l’enfumage électoral : « Je serai un casse-couilles démocratique» En d’autres termes, un « emmerdeur ». Une conception satirique de la députation qui n’a pas échappé à Minute : « Le Collard-Show ne fait que commencer. » Avec Marion Maréchal Le Pen dans le rôle de « la playmate » au Palais-Bourbon !

Trêve de plaisanterie. La victoire à l’arrachée de Gilbert Collard n’est pas un évènement. Le tirailleur ne terrorisera pas ses pairs. Pas plus qu’il ne plombera les travaux : « Je compte utiliser tous les arguments de droit qui existent. Je compte faire entendre la voix d’un peuple qui en a assez. » Les pénalités sont dissuasives. S’il croit réhabiliter les empoignades, le verbe… le blogueur se trompe aussi d’époque. Une tribune n’est pas un prétoire. Sauf anachronisme, pétage de plomb. La courtoisie a tordu le cou aux diatribes depuis belle lurette. La civilisation des mœurs use les fantassins. Au point d’en faire, peu à peu, des alliés objectifs de « l’establishment ». Norbert Élias apprivoise les résistants. Ce n’est pas tout.

Le Parlement est devenu une caisse d’enregistrement du gouvernement. Une fabrique de l’impuissance. Faut-il rappeler que 80% des lois sont à mettre au crédit de « la bête » ? Les décrets sont les nouvelles tables de la cité. L’aptitude des députés à peser sur l’Éxécutif relève donc de la fable. Pour ne pas dire : de l’imposture.  D’ailleurs, le pamphlétaire le sait. Depuis lundi dernier, comme pour conjurer les déceptions populaires et les procès pour publicité mensongère, l’insoumis affirme : « Je voterai les lois qui iront dans l’intérêt du pays. » Jusqu’à « porter la plume dans la plaie » comme Albert Londre : « Nous ne ferons pas de l’opposition systématique. » Une façon plus élégante d’avouer à ses électeurs qu’il n’ira pas « à la baston. » Qu’il ne faut pas compter sur lui pour réactiver Clémenceau. Ni tous ces tribuns qui avaient transformé la politique en spectacle. Subjuguant des bourgeoises, avides de virilité, venues en renfort pour admirer les ténors. La nuit porte conseil.

Mais ne jetons pas la pierre à ce libertaire «orchidoclaste» – « instable »pour quelques uns, « infréquentable » pour slate.fr – qui entend rouvrir le dossier Mehra. Et tous les scandales enfouis dans les jardins de l’Élysée. Il n’est pas certain que sa soif de vérité soit partagée par les frontistes pur jus. La présidente du mouvement, elle, attend toujours sa carte d’adhérent.

Voir la vidéo : 

This entry was posted in Politique.

Comments are closed.