Jean-Luc Mélenchon ou l’ivresse des caméras


L’élimination du contestataire au premier tour des législatives à Hénin- Beaumont suscite des interrogations sur sa tactique et son devenir. L’aventure avec le Front de gauche est-elle terminée ?

Il a beau crier sa solitude : « Je ne les aurais pas cru capables de s’acharner toute une campagne contre moi ». S’en prendre aux Socialistes, jouer les victimes expiatoires : « Je n’attendais pas qu’ils se désistent en ma faveur avant le premier tour, assure-t-il, mais au moins qu’ils ne s’acharnent pas contre moi. » Hélas, les faits sont « têtus ». Essuyant une nouvelle défaite contre Marine Le Pen, la deuxième d’affilée, le tribun vient de dilapider sa fortune présidentielle en quelques semaines (11,1%). L’état de grâce est donc terminé pour le trouble fête. Celui qui rêvait de faire trembler l’hémicycle à l’instar d’un Jaurès réincarné, se contentera, désormais, à la rentrée, des médias comme support de contestation.

Un malheur n’arrivant jamais seul, les langues se délient aujourd’hui. Y compris au sein de sa propre famille politique qui s’interroge sur sa stratégie. On l’accuse de jouer « solo» et «d’ego surdimensionné ». Dans le Nord, « le député communiste orthodoxe » Alain Bocquet, en ballottage favorable (46,56 %) face à la FN Nathalie Betegnies (21,72 %), tire la sonnette d’alarme. « Si on m’avait consulté dans ce choix de l’envoyer dans le Pas-de-Calais, dit-il, j’aurais dit qu’on ne règle pas le problème du FN avec des combats de coqs. La politique, c’est pas un show ! »  (Le Figaro.fr, 11/06/2012). Loin s’en faut. Aux antipodes des valeurs qu’il pourfendait naguère devant des foules en liesse – l’establishment, la médiacratie -, le président du Front de gauche s’est laissé séduire par « la bête » : l’ivresse des caméras. Syndrome Jack Lang, son double. Comme ses prédécesseurs, Mélenchon, le rebelle, a composé avec le système. On ne s’improvise pas « communard » le temps d’une campagne. C’était vite oublier aussi que la popularité corrompt les cœurs. Et oblige « les puristes » à des contorsions. Quand ce n’est pas des conversions. Voire des reniements. Mais il faut rechercher ailleurs les causes de sa déroute (21,48%).

Le livre qui manque à sa bibliothèque : Icare !

Oui, n’en déplaise aux inconditionnels de son parti. Le style Mélenchon a lassé les électeurs, agacé ses proches. La sur médiatisation de son bras de fer avec Marine Le Pen, « cette interminable saga » et sa volonté d’en finir avec une femme – attitude perçue comme « misogyne » dans certains milieux – ont conduit la classe ouvrière à le désavouer publiquement. Ne supportant pas les parachutages, encore moins les intrigues, elle a préféré la proximité. Le terrain… l’ancienneté. Gages de loyauté, à défaut de connaître l’homme. La volonté de puissance de l’ancien ministre délégué à l’Enseignement professionnel, la personnalisation d’un combat et son obsession à entrer dans l’histoire, ont éclipsé sa conscience de classe. Une erreur de pilotage que les nouveaux Gavroche n’ont pas supportée. Au point de lui claquer la porte au nez. Et lui signifier qu’il n’était pas « le bienvenu » dans une circonscription où la corruption a atteint des sommets de griserie.

La classe ouvrière porte les indépendants – les vrais – aux nues. Elle admire les insoumis. Mais pas les « révoltés en cravate » qui œuvrent en coulisse pour un parti abandonnique. A force d’assurer le service après vente du Front national, d’en faire la promotion ex-libris, de souffler sur les braises, Jean-Luc Mélenchon s’est transformé en agent de l’extrême droite ! En président honoraire. « L’humiliation doit être violente pour lui d’avoir été battu par la classe ouvrière dans une circonscription populaire». (…) « Il s’est laissé entraîner par l’ivresse des caméras. Il n’a pas su s’arrêter.»

On comprend mieux pourquoi cette source préfère garder l’anonymat. Qui aime bien, châtie bien. La fin du « procureur », comme tous les grands destins, est tragique. L’érudit, malgré un potentiel reconnu, n’a pas assimilé les leçons d’Icare. Adoubé par l’UMP, rejeté par le PS, son ascension soudaine a précipité sa chute.

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