La disparition de Thierry Roland et la décadence du journalisme


L’ambianceur s’en est allé, à l’âge de 74 ans. Mais constatons, sans faux-fuyants, la démesure des encarts, des honneurs. Le légendaire Monsieur

Thierry Roland
Purepeople.com

 « Foote, vous êtes un salaud » a mobilisé les chaînes. Renversant la sacro-sainte hiérarchie, principe élémentaire que l’on enseigne dans les Ecoles de journalisme. Laurent Delahousse, en bon soldat émérite, a relégué le Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, en visite à l’Elysée. Les élections législatives en Grèce, la présidentielle en Egypte sont tombées sous les tirs du corporatisme. Alors que le pays des Pyramides a connu, il y a quelques mois encore, une révolution sans précédent, Place Tahrir.

« La bande »  a inondé les écrans, multipliant les témoignages, « les oraisons funèbres », dignes d’un Bossuet des temps modernes. On a entendu Tapie rendre hommage à un chantre « notoire », qui, pendant des années, a agacé des oreilles. Minute rappelle avec délectation et patriotisme, les profondeurs du personnage. « En septembre 1997, à l’occasion de la sortie de son livre (…) Nous avions parlé foot, mais aussi politique. Il avait évoqué sa nostalgie de l’Algérie française, ses sympathies pour l’OAS, ses idées de droite, son respect pour Jean-Marie Le Pen, son mépris de la gauche caviar. » (Minute, mercredi 20 juin 2012, n°2569, p.10)

57 ans de mesquineries, d’impunité

Il ne s’agit pas de passer la liberté de pensée au vitriol. Mais de rappeler ce que L’Empire n’ose avouer d’un confrère. Thierry Roland, outre ses saillies racistes (minimisées par « ses amis »), incarnait un système qui laissait peu de place à la concurrence. Clientéliste et misogyne, il taclait les talents qu’il n’encaissait pas. Ribéri en sait quelque chose. Fasciné par le pouvoir, le fils préféré a, par l’intermédiaire de ses réseaux (Le Variété Football club de France), déposé Henri Michel, le sélectionneur des Bleus, pour propulser « Platini », son idole. Un putsch justifié par «l’intérêt supérieur de la France ». « Les pots de vin » – le pinard -,  la partialité, la méchanceté, quand ce n’était pas la bêtise franchouillarde, ont émaillé un mandarinat sans limites (13 Coupes du monde).

Endogame, ne jurant que par le sérail, et sans doute brahmane dans une vie antérieure, les médias sceptiques ont distribué des cartons jaunes à l’indétrônable commentateur. En vain. Incarnant à merveille « La noblesse d’Etat », le chroniqueur ne connaissait de la France que ses élites, ses vedettes, ses champions. Quid du héros ordinaire ? Du looser… Le secret de sa popularité, de sa longévité ? Le recours aux archétypes, la mesquinerie en prime time et les propos salaces sur les femmes des joueurs (et les femmes en général). L’expert souhaitait que le 12 juillet 1998, date de la victoire des Bleus contre le Brésil en finale à Paris, soit «un jour férié»… «Un jour chômé ». Une contre-révolution en d’autres termes. On appréciera son sens de l’Histoire. « Tout ce qui est excessif est insignifiant » rappelait Talleyrand. On ne saurait mieux faire circuler le ballon. A travers cette mascotte, Les Unes des JT, hormis Le Canard Enchaîné, expriment une réalité sinistre : la décadence, pour ne pas dire, « le déshonneur du journalisme français ». Mozart comme disait Ferré «  est mort seul, enterré dans une fosse commune, suivi de son chien.» Lui, a eu toutes les caméras pour canoniser la médiocrité. Immortaliser l’affect au détriment de l’analyse… Glorifier les bourdes. La mort, en Occident, nous rend aphasiques, complaisants. La vie, à défaut d’une télévision responsable, a sifflé la fin d’un match interminable.

L’inversion des valeurs regagne les vestiaires.

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