Le conte Falorni ou l’ingénu aux mains sales


Il était inconnu du public. Le voilà devenu, en quelques jours – grâce à Ségolène – une icône nationale. Héros pour les uns ! Paria pour les autres. Les médias se l’arrachent car l’outsider crève l’écran. Fade et plutôt discret, le dissident socialiste, fort de ses 30,25 %, s’est fait homme, dimanche dernier. Lui, qui était, à entendre Dominique Bussereau, « le valet de ces barons ». La cheville ouvrière d’un parti « bourgeois ». Celui qui, « sans rechigner », mettait le couvert pour servir sa seigneurie. Pour un peu, on l’assimilerait à L’homme révolté de Camus. A un esclave qui, un jour, se lève et lance à ses maîtres :  «Les choses ont trop duré  (…) Il y a une limite que vous ne dépasserez pas.»   Mais les dessous de table ne sont pas toujours propres. Loin d’être candide, Olivier Falorni, attiré par le pouvoir, a aussi les mains sales. En fin challenger, le réfractaire exploite les passions françaises avec doigté. Et ça marche : « Je ne suis pas à vendre. On ne me fera pas taire et mes valeurs sont la démocratie, le respect du citoyen. » Depuis des mois, l’enseignant martèle tous les poncifs populistes pour éliminer sa rivale, espérant une adhésion massive des citoyens : « Je reste un homme libre, debout. »

La tentation de l’innocence et le bluff du local

Jouant les victimes, il séduit une droite locale – téléguidée par  Raffarin – qui rêve de briser la malheureuse candidate à la présidentielle de 2007, dans l’espoir de conquérir le Poitou-Charentes. Etre récupéré par l’UMP ou le Front national ? Peu importe. La fin justifie les moyens. A La Rochelle, Machiavel a congédié Jaurès. Le limier a-t-il un programme, un projet, des idées ? Non. Il répète sans cesse sa profession de foi : « Je suis candidat pour défendre le territoire, les habitants mais pas pour me servir de cette circonscription pour rebondir ensuite sur un perchoir national. » « L’affaire Falorni » en dit long sur l’issue d’un scrutin à la lumière de l’individualisme contemporain. Le mode d’emploi est simple. Aujourd’hui, pour engranger des voix, retourner un électorat, il suffit de crier au complot. « On ne me mettra pas à terre. » De prononcer des mots magiques devant des caméras affables : « parachutage », « démocratie », « technocrate », «  parisianisme ». Quitte à mentir au peuple dont on sollicite les suffrages alors qu’on a lu Pareto en cachette – Les systèmes socialistes – .

La cité aime le tumulte, le suspens, l’hubris et la pensée binaire – « eux/nous » – .  Dorénavant, la compétence, la popularité et la longévité du politique ne sont plus des critères d’excellence, synonymes d’éligibilité, naguère. Exit les CV vertigineux, les diplômes de caste qui achetaient les votes (ENA, Sciences Po, HEC…), complexaient la boulangère. Pire encore. Les soutiens gouvernementaux se retournent contre « les parachutés », assimilés à des bonasses. Des pistonnés, appuyés par des poids lourds cyniques. L’heure, au contraire, est à la diabolisation de l’adversaire. Aux slogans. Au patriotisme de terrain. Un anti jacobinisme de tranchée. Effet pervers de la décentralisation. On connaît la formule : « parler des autres, c’est parler de soi. » En fustigeant l’opportunisme de Ségolène Royal, le dissident a prouvé son attentisme aux électeurs.  C’est que lui aussi… a les dents longues. Sa détermination n’a rien de l’électron libre que l’on veut nous vendre. « Le réaliste » fait partie de la nomenklatura. Il veut la peau de Ségolène pour élargir son cercle. Asseoir une légitimité qui, jusqu’alors, lui faisait défaut.

On entend déjà le refrain rue Solferino : « Falorni, félon ! » « L’histoire est un cimetière d’aristocraties. »

Lire aussi : Lettre ouverte à Valérie Trierweiler de Bernard Debré, député de Paris.

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