L’explosion de la droite dans une société à droite


Ils avaient un diamant dans la main. A présent, il ne leur reste qu’un caillou ! Un proverbe arabe qui sied à l’UMP. Cinq ans après l’écrasante victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, la droite essuie une des ses plus sévères défaites électorales. « La machine à perdre » renoue avec ses fantômes. Le président sortant a épuisé ses munitions, entend-on. Ses lieutenants sont k.o. debout. On cherche des coupables. C’est de bonne guerre. Un nom, aujourd’hui, circule sur toutes les lèvres : Patrick Buisson. L’éminence grise de l’Elysée. Le stratège de la droitisation qui aurait égaré « le gaulliste. » Mais la réalité est plus complexe comme le souligne Gaël Brustier, politologue : « Le total du vote pour Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen est, quant à lui, supérieur à celui de 2007. La stratégie de Patrick Buisson a créé un « bloc historique » compact, culturellement unifié et mû par un antisocialisme radical. » (Le Monde, 17/05/2012). Et c’est bien là le paradoxe de « la déroute. »

L’UMP a perdu le pouvoir mais elle a, pour paraphraser Gramsci, gagné « le combat des idées. » (mondialisation, immigration, Eurabia…) Loin de célébrer un Etat PS, cette défaite, au contraire, marque un basculement à droite de la société française.  Une métamorphose inédite. « En quelques semaines, la droite et l’extrême droite françaises ont donc accéléré leur mutation, retardée pendant des décennies par Jacques Chirac et… Jean-Marie Le Pen. Leur fond culturel s’est unifié et leurs électorats ont poursuivi leur long processus de fusion. » (op.cit).

Le coeur à droite, le portefeuille à gauche

Les valeurs néoconservatrices gagnent du terrain, formatent les couches sociales. « L’occidentalisme », « les paniques morales » favorisent le repli

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identitaire et la radicalisation des discours envers les Européens issus de l’immigration arabo-musulmane. Malgré une cartographie qui consacre l’illusion d’une hégémonie socialiste, les idées de droite n’ont jamais été aussi fortes. Au lieu de brûler Buisson, arguant « un devoir d’inventaire », les responsables de l’UMP devraient d’abord apprendre à lire. Entre l’UMP et le Front national, «les digues ont sauté ». Décomplexé, Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes peut lâcher, sans craindre le conseil de discipline : « Si Nicolas Sarkozy était resté sur des thématiques centristes, il n’aurait même pas passé le premier tour. » (Libération, 20/06/2012, n°9675, p.3).

C’est le premier enseignement qu’il faut tirer des élections. Mais alors comment expliquer la chute du monarque… la rupture ? Les Français ont sanctionné un style de présidence. Une personnalité jugée instable, « vulgaire », brouillonne. Ils ont, à tort ou à raison, décapité les outrecuidances. Limogé la méthode, s’accommodant des grandes lignes et des dérives sécuritaires. Séduits par le sarkozysme au tout début de l’idylle – le nouveau éblouit toujours -, cette doctrine a hérissé une frange de la population. Plus sensible à la facture du pouvoir qu’aux résultats. Ce n’est pas un hasard, non plus, si tous les disciples du chef – les fils spirituels médiatiques – ont été balayés aux législatives (Guéant, Mam, Lefebvre, Morano, Rosso Debord…) Signe d’une épuration citoyenne. D’un désir de tourner la page.

On ne demande pas à un président de la République de ressembler aux administrés. « Parler vrai » ne signifie pas ressembler à l’homme de la rue. La Douce France souffre de l’indifférenciation. Saturée par le bruit, l’agitation, les réformes à gogo, elle a préféré renouer avec la force tranquille. La discrétion. A une différence de taille. Ce slogan prend sa source à droite. C’est le deuxième enseignement. Sarkozy n’a pas tout raté. Réhabilitant les thèses de Mégret – l’identitarisme -, il vient d’élargir le cercle des « patriotes.»

Ecouter les émissions :

Les retours du dimanche, France Culture, le 24/06/2012. Thème de la semaine : La recomposition de la droite est-elle possible ?

Réplique, France Culture, le 30/06/2012. Que reste-t-il du sarkozysme ? Avec la philosophe Chantal Delsol et Jacques Julliard, journaliste.

Voir les vidéos :

Roselyne Bachelot critique la droitisation de la campagne de Nicolas Sarkozy

Source : France inter, 20/06/2012.

Gaël Brustier : Voyage au bout de la droite

Source: France Inter, 21 mars 2011.

 

 

 

 

 

 

 

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